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Livres 2018-03-16T13:54:43+00:00

Suggestions de lecture sur les questions de surpopulation

Effondrement: Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie

Jared Diamond

Dans le prologue, Diamond résume Effondrement en un paragraphe, comme suit :

«  Cet ouvrage utilise la méthode comparative pour comprendre l’effondrement de sociétés ayant pour origine des problèmes environnementaux. Mon précédent livre (De l’inégalité parmi les sociétés) avait appliqué la méthode comparative au problème opposé : les degrés différents de développement des sociétés humaines sur différents continents au cours des treize mille dernières années. Dans le présent ouvrage, m’intéressant à l’effondrement de sociétés plutôt qu’à leur développement, je compare différentes sociétés passées et présentes qui se distinguent par leur fragilité environnementale, leurs relations avec leurs voisins, leurs institutions politiques ainsi que par d’autres variables « d’entrée » dont on reconnaît qu’elles influent sur la stabilité d’une société. Les variables « de sortie » que j’examine sont l’effondrement, et les formes variables qu’il revêt, ou la survie. En mettant en relation ces variables d’entrée et de sortie, je me propose de mettre en lumière le rôle que peuvent jouer des variables d’entrée dans l’effondrement de sociétés. »

Sommes nous trop nombreux sur terre ? Compte à Rebours

Alan Weisman

« Existe-t-il un moyen pacifique et moralement acceptable de convaincre les humains de toutes les cultures, religions, nationalités, tribus du monde, qu’il est de leur intérêt de faire moins d’enfants ? »  C’est la question que se pose Alan Weisman dans son dernier livre, Compte à rebours, publié  en décembre chez  Flammarion. Cet Américain, professeur, auteur et journaliste, avait déjà publié Homo disparitus, un livre dans lequel il évoquait  la disparition brutale de l’espèce humaine de la surface du globe. Toujours  soucieux d’écologie, c’est à la question de la surpopulation mondiale qu’il s’attaque cette fois-ci.

« Nous sommes trop nombreux sur Terre ». C’est le message urgent que délivre Alan Weisman dans son dernier ouvrage Compte à rebours, dépeignant une crise démographique dévastatrice pour la planète que seule la limitation de la population pourrait écarter. Une vérité dérangeante que l’auteur décortique avec brio.

Halte à la croissance? Rapport sur les limites à la croissance

Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers

 

 

Halte à la croissance ?, sous-titré Rapport sur les limites de la croissance, est un rapport demandé à une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT) par le Club de Rome en 1970. C’est la première étude importante soulignant les dangers écologiques de la croissance économique et démographique que connaît alors le monde. Par sa principale proposition, la croissance zéro, il a suscité de nombreuses controverses.

 

Ce rapport est aussi connu sous l’appellation usuelle Rapport Meadows en référence à deux de ses quatre auteurs : Donnela Meadows et Dennis Meadows, Jorgen Randers et William Behrens. Publié en 1972 sous le titre Limits to Growth (Universe Books) et publié en français sous le titre Halte à la croissance ? Rapport sur les limites de la croissance (éd. Fayard, 1973 – enrichi d’une Enquête sur le Club de Rome par la traductrice de l’ouvrage Jeanine Delaunay).

Il a fait l’objet de « mises à jour » à deux reprises par trois de ses auteurs :

  • en 1993 : Donella Meadows, Jorgen Randers, et Dennis Meadows, Beyond the Limits. Confronting Global Collapse, Envisioning a Sustainable Future, Chelsea Green Publishing Company,
  • en 2004 : Donella Meadows, Jorgen Randers, et Dennis Meadows, Limits to Growth. The 30-Year Update, Chelsea Green Publishing

Ces deux ouvrages n’ont pas été traduits en français.

 

La croissance et ses limites

À l’époque du rapport, la croissance démographique ne cessait d’augmenter année après année. Au xviie siècle, la population mondiale était de 500 millions d’âmes et croissait de 0,3 % par an, soit un doublement tous les 250 ans. Mais au début des années 1970, elle avait atteint 3,6 milliards d’habitants, doublant tous les 32 ans. Par une prolongation tendancielle, on pouvait donc s’attendre à une population de plus de 12 milliards d’individus au milieu duxxie siècle.

Mais la croissance économique mondiale est encore plus rapide que la croissance démographique. La production industrielle a crû d’environ 7 % par an au cours des années 1960, ce qui correspondait à un doublement tous les 10 ans3. Cette croissance est par ailleurs très inéquitablement répartie et se concentre dans les pays développés, accroissant ainsi les disparités de développement : « les riches s’enrichissent et les pauvres font des enfants ».

Cette croissance n’est cependant pas sans risque. Sur le plan démographique, les ressources alimentaires ne sont pas illimitées. Si la loi des rendements décroissants s’applique, la mise en culture de nouvelles terres sera non seulement plus coûteuse mais aussi moins profitable au fur et à mesure de l’augmentation des besoins alimentaires. L’accroissement des rendements agricoles ne fera que retarder la disette qui s’annonce, à laquelle risquent de s’ajouter les problèmes d’approvisionnement en eau potable4. La pollution tue ou rend malade, et diminue les rendements agricoles, en stérilisant les sols, en tuant les abeilles.

Sur le plan économique, les ressources énergétiques telles que lepétrole ou le gaz ne seraient pas suffisantes pour assurer la pérennité d’une croissance exponentielle au-delà du xxie siècle. Ici encore, les progrès scientifiques ne sont susceptibles que de retarder l’échéance de la pénurie. On peut à l’avance prévoir que la croissance sera dans le siècle à venir handicapée par le prix croissant des ressources naturelles5. De plus la croissance est à l’origine d’une très forte pollution6, qui avec elle connaît une croissance exponentielle ; or il est évident que la planète ne peut absorber une quantité illimitée de pollution.

Le « système mondial » serait menacé

On peut d’abord décrire le monde comme un ensemble global dont les parties sont interdépendantes. Le développement économique est induit par la croissance. Celle-ci est stimulée par la croissance démographique et une exploitation croissante des ressources naturelles. Cette croissance économique provoque de la pollution7, qui elle-même sera cause de recul économique et/ou démographique. Par le jeu de ces interactions, une consommation excessive des ressources naturelles peut entraîner une crise économique durable. Ainsi la croissance économique s’arrêtera faute de matières premières (énergie, ressources minières, appauvrissement des sols, épuisement des ressources halieutiques, etc.), la population diminuera faute de nourriture et/ou, comme par le passé, au moyen de conflits armés.

Cela conduit les auteurs à prévoir pour l’avenir plusieurs scénarios : pénurie de matières premières et/ou hausse insupportable de la pollution. Chacun de ces deux scénarios provoquerait la fin de la croissance quelque part durant le xxie siècle. Le progrès techniquene ferait que différer l’effondrement inéluctable de l’écosystèmemondial, incapable de supporter cette croissance exponentielle.

Tous les scénarios présentés par les auteurs ne mènent pas à un effondrement. Mais ils constatent que les seuls scénarios sans effondrement sont ceux qui abandonnent la recherche d’une croissance exponentielle sans limite de la production.

Substituer l’équilibre à la croissance

Selon cette thèse, du moins telle qu’elle est interprétée — plus ou moins fidèlement — à partir du rapport Meadows, il faut mettre fin à la croissance si l’on veut sauver le système mondial d’un effondrement prochain8 et stabiliser à la fois l’activité économique et la croissance démographique. Plus on retardera la prise de cette décision, plus elle deviendra difficile à mettre en place.

Sur le plan démographique, il faudrait prendre des mesures draconiennes telles que la limitation de deux enfants par couple. Sur le plan économique, il faudrait taxer l’industrie afin d’en stopper la croissance et réorienter les ressources ainsi prélevées vers l’agriculture, les services et surtout la lutte contre la pollution.

Pour que cette économie sans croissance puisse être acceptée il faudrait répartir les richesses9 afin de garantir la satisfaction des besoins humains principaux. L’objectif est donc « un affranchissement de la faim et du dénuement qui reste, aujourd’hui encore, le privilège de si peu d’hommes sur la terre ».

Pétrole: La fête est finie – Avenir des sociétés industrielles après le pic pétrolier

Richard Heinberg

Depuis environ 150 ans, les sociétés industrielles ont prospéré, utilisant les ressources énergétiques fossiles pour bâtir d’immenses empires commerciaux, inventer de nouvelles technologies, financer un mode de vie opulent. C’est comme si une partie de l’humanité avait soudain pu profiter d’une abondance de richesses et décidé de faire une fête extravagante. (…) De temps à autre, une voix solitaire demandait que la fête se calme ou s’arrête complètement. Les convives n’y ont pas prêté attention. Pourtant, bientôt, la fête elle-même ne sera plus qu’un souvenir lointain ; non pas parce que quelqu’un aura décidé de tenir compte de la voix de la modération, mais parce que toute la boisson et la nourriture seront consommées et la rude lumière du matin revenue.

 

Jusqu’à présent, l’humanité a théoriquement eu le choix concernant l’utilisation des ressources fossiles : en employer toujours plus et en subir les conséquences à long terme, ou les conserver et renoncer ainsi dans l’immédiat aux profits et à la croissance industrielle. Le message de ce livre est que nous sommes entrés dans une nouvelle ère qui verra chaque année la quantité d’énergie nette disponible pour l’humanité diminuer, peu importe nos efforts ou nos choix. La seule option véritablement significative qui s’offrira à nous sera de décider comment s’adapter à cette nouvelle donne. Ce choix, à savoir non pas s’il faut, mais bien comment réduire notre consommation d’énergie et opérer une transition vers les alternatives renouvelables, aura de profondes implications éthiques et politiques.

 

C’est là un message contredisant tellement le discours rassurant dispensé quotidiennement par les politiques et les différentes autorités qu’il semble absurde à première vue. Dans cet ouvrage, j’espère pourtant démontrer :

  • la dépendance complète et totale des sociétés modernes vis-à-vis
  • des énergies fossiles, ainsi que l’impossibilité de les remplacer intégralement
  • par des sources alternatives ;
  • la vulnérabilité des sociétés industrielles face aux ruptures économiques
  • et politiques résultant de réductions même mineures de
  • la disponibilité des ressources énergétiques ;
  • l’inévitabilité de l’épuisement des énergies fossiles ;
  • le caractère immédiat du pic de la production d’hydrocarbures ;
  • le rôle du pétrole dans la politique étrangère étasunienne, le
  • terrorisme islamique et la géopolitique du XXIe siècle.

 

D’où la nécessité d’apporter une réponse coopérative au pic pétrolier, avec compassion et intelligence, de manière à limiter les souffrances humaines et permettre aux générations futures de développer des sociétés durables, modestes, où s’affirmeront enfin les qualités les plus élevées et généreuses de la nature humaine.

Le compte à rebours a-t-il commencé?

Albert Jacquard

Longtemps, l’humanité a vécu en pensant qu’elle avait tout son temps, que le progrès n’en finirait pas de transformer le monde à notre avantage, que les hommes seraient toujours plus riches, plus beaux, plus performants, que l’on pouvait fabriquer indéfiniment des bombes nucléaires sans risquer de les employer et que nous avions le droit de prélever à l’envi toutes les richesses de la planète sans jamais entamer son capital.

Cette époque est révolue. Nous savons maintenant que le temps nous est compté et qu’à force de travailler contre nous-mêmes, nous risquons de fabriquer une Terre où aucun de nous ne voudra vivre.

Dans ce livre qui ressemble à un avis de tempête, Albert Jacquard passe en revue les questions à propos desquelles il est urgent de procéder à une refonte complète de nos habitudes. Non, le pire n’est pas certain, mais nous devons nous hâter.

Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable

Tim Jackson

La croissance est insoutenable, la décroissance est instable. Comment sortir de ce dilemme? Proposer une réponse à cette question fondamentale est l’objet du livre de Tim Jackson, sorti il y a deux ans au Royaume-Uni et qui vient d’être publié en français.Prospérité sans croissance est en fait un rapport remis au gouvernement britannique par l’officielle Commission du développement durable. Malgré un accueil indifférent de la part des autorités, ce rapport est rapidement édité en livre et devient une référence majeure en Europe pour ceux qui cherchent à inventer un nouveau modèle économique soutenable.

Défi

Premier intérêt du livre: évaluer le défi qui est devant nous pour rendre la croissance soutenable, c’est-à-dire découpler l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) et les émissions de CO2. Depuis 1980, l’intensité en CO2 de chaque dollar de PIB produit au niveau mondial s’est améliorée de 25%. Mais comme le PIB mondial a plus que doublé, les émissions de CO2 ont augmenté de plus de moitié.

L’enjeu du découplage absolu est le suivant: selon les différentes hypothèses de croissance et d’équité entre le Nord et le Sud, le contenu en carbone de la production mondiale doit être divisé par un facteur de 20 à…130 entre aujourd’hui et 2050 (soit quarante ans). Ce défi ne peut pas être comparé aux gains de productivité par heure travaillée, qui ont été multipliés par 20 en France sur les… cent vingt dernières années. Il faudrait donc réaliser en moyenne, chaque année, des gains de productivité carbone entre 3 et 18 fois supérieurs aux gains que la révolution industrielle a permis. Irréalisable.

Sortir de l’impasse

Si la croissance est une impasse, comment s’en passer? Pour répondre à cette question, il faut comprendre pourquoi nos économies ont aujourd’hui besoin de croissance pour ne pas devenir socialement instable. Le raisonnement de Tim Jackson est le suivant: le progrès technique augmentant la productivité du travail, si l’on ne veut pas créer de chômage, il faut augmenter les quantités produites et donc susciter de la croissance des flux.

Comment sortir de cette dynamique devenue insoutenable? Premièrement, en remplaçant massivement l’utilisation des énergies fossiles par du travail humain. Ce sont les fameux « emplois verts » dans le bâtiment, les transports, l’agriculture… Leur modèle économique consiste à remplacer du pétrole importé (rentre pétrolière) par des salaires. La conséquence est une baisse de la productivité apparente du travail, une baisse du chômage et de la croissance.

Deuxièmement, en développant une économie du care, ce que Tim Jackson appelle les « entreprises écologiques », qui améliore la qualité de vie en produisant des services relationnels locaux. Comme ces services peuvent être très peu intensifs en énergie, ils constituent un deuxième gisement d’emplois écologiques qui permettra de diminuer le chômage sans pour autant créer de croissance, puisqu’ils ont une productivité apparente du travail plus faible que la moyenne de l’économie.

Troisième levier: dans la partie de l’économie soumise à la compétition internationale (ce qui n’est pas le cas des deux premières), les gains de productivité restent nécessaires, mais ils doivent être en priorité affectés à la réduction du temps de travail pour ne pas créer de chômage.

Les pistes, trop rapidement résumées, de Prospérité sans croissance nécessitent encore d’être approfondies et modélisées (l’auteur ne dit rien sur leur impact sur les prix, par exemple). Tim Jackson en est le premier conscient puisqu’il affirme que la principale recommandation de son livre est d’en appeler à l’élaboration d’une « nouvelle macroéconomie écologique ». Le programme de travail du Keynes du XXIe siècle est fixé!